
On a l’impression que c’était hier. Hier que Mireille Mathieu, revenue d’entre les morts, infligeait aux tympans des sympathisans UMP la Marseillaise.
C’était le 6 Mai 2007. Sarkozy remporta largement le scrutin présidentiel face à Becassine, avec 53% des voix. C’était bien un soir de Mai 2007 qu’il gagna “au peuple”. On entend encore le Borgne éructer. Crier au vol. Sarkozy lui avait “volé” son électorat. Il est malin le type.
Une victoire, et un signe d’espoir. Une perspective nouvelle, euphorisante, qu’il s’en allait porter tout seul, comme un grand (L’utilisation de cet adjectif valorisant est indépendant de notre volonté. L’Elysée nous l’impose.) Des promesses donc, et une réelle volonté de changement. De rupture, qu’il disait.
C’est l’électorat populaire qu’il avait conquis. Celui qui souffre en fin de mois. Celui qui en a raz-le-bol. C’est cet électorat qui pleure aujourd’hui.
1 an après, rien n’a changé. Le Président ès “Pouvoir d’Achat” piétine et s’écroule dans les sondages. La conjoncture internationale aidant, les espérances sont revues à la baisse. Son dynamisme, son volontarisme n’y font rien : c’est le paquet fiscal, les engagements non tenus, les virées dorées chez Bolloré qu’il se reprend dans la gueule. Ca fait mal, un boomerang.
“Les caisses sont vides”. Bah oui, qu’est-ce que vous voulez qu’il y fasse, lui. Ses prédécesseurs lui ont rendu la tâche ardue. Faut dire, c’était pas très fin les 15 milliards d’€ de chocolats aux copains. Non, soyons Grand Seigneur, il n’y a pas qu’aux plus riches que profite ce paquet, il y a aussi aux riches tout court. Tout va bien donc.
D’abord Bling-Bling, sa Présidence est marquée par une réelle volonté d’entreprendre des réformes. On se souvient encore du mécontentement des magistrats et des avocats. Celui des cheminots, non sans conséquences. Mais les Français ont l’air d’y croire. Tout semble être fait pour que leur futur change. Bien qu’omniprésent, omnipotent, Sarkozy rassure. Puis le ressort se casse.
Les critiques sur son style fusent. Certains crient même au 18 Brumaire, au “coup d’Etat permanent”. Ceux qui hier l’encensaient ont retourné leur veste.
Et c’est tout d’un coup que tout va mal, ou presque. Des reformettes, par-ci, par-là, plutôt bonnes en somme, n’ont pas l’effet escompté.
Les municipales, comme un avertissement, lui signalent qu’il ferait mieux de filer droit, et c’est pas le joli sourire de Carla qui y changera quelque chose.
Revirement total ; ou plutôt un changement de style. Même si personne n’y croit plus, si tout le monde est conscient de la farce, le Président de la République reprend de la hauteur. Il faut enfin prendre réellement les choses en main. L’euro fort assomme le commerce extérieur, l’inflation rampante rend la vie des petites gens pénible. Chez ces gens-là, aurait dit Brel, on ne parle pas, non, on pleure. Le calendrier ministériel est tout de même maintenu. Dans l’attente de résultats probants, on ne peut encore se prononcer. Ce qu’on peut dire, c’est que la politique est désavouée. Inutile de dresser une liste des engagements non-tenus. Quoiqu’en disent ses camarades, le système des heures supplémentaires est presque inefficace. Les retraités crient au scandale. (Et c’est d’ailleurs par pur pusillanisme qu’il ne s’y attaqueront pas, à la réforme - réelle - des retraites.) La politique d’immigration est jugée inhumaine, parce que chiffrée. La politique de la ville, elle, est un échec : toujours le même désarroi en banlieue où, il faut le dire, on part avec un handicap aujourd’hui. Les petites PME ont le cou tordu. L’opposition s’en donne à cœur joie, mais ne propose aucune alternative. Certains nostalgiques appellent au nouveau Mai 68, 40 ans après.
Le marasme est profond. On sent que tout peut péter d’un moment à l’autre, et c’est bien ça le plus inquiétant.
Un bilan bien terne qu’est celui de la première année de sa présidence. Entre indécence et incompétence, les Français ont commencé à y voir plus clair dans son jeu. Cet homme si “simple et dynamique” qui incarnait tant d’espoir est désormais pointé du doigt. La République a du jeu. Les enseignants, aujourd’hui dans la rue, sont le témoin du malaise qui gangrène aujourd’hui le pays.
Il reste maintenant 4 ans, et aucune procédure “d’empeachment” n’est prévue par la Constitution. Il nous reste plus qu’a espérer que tout s’arrange, et si l’on devait trois mots pour résumer cette année riche en évènements, ils seraient ceux d’une locution anglaise : Back to reality…








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